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    quiestqui
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    Message par quiestqui le Sam 21 Mai 2011, 21:43


    Nouveaux tarifs, flotte, acquisition de gros porteurs, situation sociale, relations avec l’Europe…
    Entretien avec Wahid Bouabdallah, PDG d’Air Algérie





    La saison estivale approche. Comment Air Algérie se prépare‑t‑elle ?

    Cette année, la saison estivale coïncide avec le Ramadhan. D’habitude, les gens repartent en septembre, mais cette année, les départs et les arrivées seront avancés à cause du Ramadhan. Le Ramadhan en Algérie coûte cher. Donc, les gens préfèrent repartir dans leur pays de résidence pour le passer sur place. On s’attend à une demande exceptionnelle en juin et juillet.

    Nous allons demander des vols supplémentaires. L’offre de places sera supérieure de 13 % par rapport à 2010. D’habitude les gens voyagent à plein tarif en été. Cette année, on proposera des tarifs attractifs pour nos émigrés, notamment les familles et les seniors, ce qui va demander des capacités supplémentaires. On n’a pas encore décidé sur les réductions. Nous comptons aussi ouvrir quelques lignes occasionnelles sur Strasbourg et Nantes. Il y a certains aéroports à ajouter. La France représente 70 % de notre flux de voyageurs. C’est notre gisement. C’est pour cela qu’on va se focaliser sur les tarifs, la ponctualité et la qualité de service.


    Chaque année, il y a des tensions sur les places en période d’été et vos vols connaissent d’importants retards. Est‑ce que vous allez consacrer des moyens pour améliorer la situation ?



    Le comportement de certains de nos émigrés basés en France nous pose des problèmes. Ils considèrent Air Algérie comme leur compagnie. Ils prennent des billets en promotion, puis ils viennent les changer. Avec les autres compagnies, ils ne le font pas. La règle est claire : les billets promotionnels ne peuvent pas être changés. Mais on le fait. Mais cela fausse nos prévisions de capacité.

    Les retards constituent un problème réel à Air Algérie. Notre flotte n’était pas dimensionnée par rapport au programme de vols. Il y a quelques années, on avait 42 avions. A mon arrivée en 2008, j’ai trouvé 32 appareils, avec un programme plus dense, une obligation de service public pour désenclaver les régions du sud et des Hauts Plateaux. Il y a un autre facteur à l’origine des retards qui est la programmation des vols. On programmait nos retards. Par exemple, pour un vol Alger‑Paris qui fait réellement 2 h 20, on comptabilise 2 h. C’est un automatisme hérité de la période du monopole. Maintenant, la situation a changé. Nous sommes obligés de nous améliorer par respect aux clients. Maintenant, les retards sont identifiés et expliqués, ce qui n’était pas le cas avant. Si la cause est due au mauvais comportement d’un agent, il sera sanctionné. Si on identifie une autre cause, on essaie de trouver une solution. Par contre, les gens qui voyagent sur Air Algérie ne se plaignent pas de la qualité des repas. C’est du frais, les gens ne trouvaient pas à redire.


    Mais concrètement, comment comptez‑vous réduire les retards ?

    Normalement, les problèmes de retards seront réglés à partir de 2012, notamment avec l’arrivée sur le marché de Tassili Airlines. Son arrivée va nous permettre de récupérer quatre avions de 150 places et au moins trois avions de 70 places qui sont actuellement destinés au transport des travailleurs du secteur pétrolier. A nous deux, on arrivera à prendre en charge la demande domestique.

    Vous avez déjà acheté 11 avions, allez‑vous en acquérir d’autres ?

    Nous avons acheté 11 avions. Nous avons réceptionné 9 appareils. Il en reste deux. Le premier avion sera reçu le 24 mai et le second en juillet prochain. Nous allons refaire le programme des vols qui tiendra compte de la réalité, en déconnectant les voyages Omra et Hadj des programmes réguliers. Avant, on attendait le retour d’un avion utilisé pour la Omra afin de l’utiliser pour un vol interne. Or, les aéroports saoudiens sont toujours encombrés. Il y a toujours du retard pour nos avions.

    Nous allons former le personnel navigant, commercial et d’escale. Nous allons recruter 600 salariés en 2011, entre personnel navigant, mécaniciens et pilotes. Nous avons 20 pilotes déjà formés et 20 autres qui seront formés.

    Allez-vous poursuivre l’opération de renouvellement de la flotte ?

    En 2012, on aura 42 avions d’une moyenne d’âge de 4,5 années. Les trois Boeing 767 ont plus de 20 ans d’âge, mais ils ont encore 50 ans de sécurité. Ils seront vendus. Nous allons renouveler la flotte de gros porteurs avec l’acquisition de sept nouveaux appareils pour atteindre une flotte de 12 avions dont la capacité varie entre 250 et 300 places, contre huit gros porteurs actuellement.

    Il faut compter 700 millions de dollars pour l’achat de ces avions. Le dossier de cette acquisition est en voie de finalisation. Il sera soumis au Conseil d’administration et au Conseil national de l’investissement. Nous comptons signer le contrat en 2012. Ce sera entre Boeing et Airbus. Nous sommes en train de négocier le côté technique avec ces deux avionneurs. Les délais de livraison peuvent varier de cinq à dix ans.

    Pourquoi voulez-vous acheter des avions de grande capacité ?

    Nous voulons acheter ces gros porteurs pour deux raisons. Desservir les destinations lointaines comme Montréal (Canada), Dubaï et la Chine. Pour Montréal, on a obtenu mercredi dernier l’autorisation de faire quatre vols réguliers, avec une option pour un cinquième supplémentaire. Montréal est une destination rentable. Pour le Hadj et la Omra, un accord a été signé, il y a une semaine, entre les autorités saoudiennes et algériennes pour 7 vols réguliers sur Médine et 14 sur Djeddah. Aujourd’hui, la tendance dans les aéroports à l’étranger est à la saturation. Les Saoudiens veulent de gros porteurs parce que leurs aéroports sont encombrés. Ils refusent les petits avions. Ils exigent des avions d’une capacité minimale de 250 places.

    Êtes-vous intéressés par des avions très gros porteurs comme l’A 380 ?

    La position géographique de l’Algérie et les destinations historiques d’Air Algérie ne nécessitent pas d’avions d’une capacité supérieure à 250 places.

    D’autres investissements à réaliser ?

    Nous allons investir pour renouveler le matériel de servitude pour couvrir nos aéroports. Nous allons acquérir deux nouveaux simulateurs de vols dont un pour les ATR et l’autre pour les gros porteurs si notre flotte est portée à 12 appareils. Nous avons déjà acquis un simulateur de vols pour le Boeing 737. Nous allons aussi mettre en place un nouveau système intégré de réservation et de distribution de billets, ce qui constitue un important investissement. Actuellement, ces tâches sont effectuées par une dizaine de systèmes.

    Pourquoi le client algérien ne peut‑il pas encore payer en dinars son billet d’avion sur Internet ?

    Nous attendons les autorisations nécessaires de la part des autorités monétaires algériennes pour lancer notre plate‑forme de paiement électronique en dinars, avec des cartes bancaires algériennes. Cette plate‑forme a été réalisée en collaboration avec la Satim et le CPA. Cela fait une année que cette plate‑forme est prête. Je ne comprends pas pourquoi il y a ce retard dans la délivrance de l’autorisation.

    Actuellement, sur notre site internet, les gens peuvent acheter des billets et payer en devises, mais pas en dinars. Ce n’est pas normal. Notre chiffre d’affaires généré par le paiement sur Internet augmente de 3000 % chaque année. La mise en service de cette plate forme va réduire l’utilisation du cash pour le paiement des billets d’avions.

    La ligne Alger-Pékin est-elle rentable ?

    Les destinations Montréal et l’Arabie saoudite sont rentables. Mais pas la Chine. Nous avons lancé cette ligne pour nous forger aux vols intercontinentaux, pour montrer que nous sommes capables de faire 12 heures de vols au minimum. Nous allons réfléchir sur le redéploiement de cette ligne, soit sur Shanghai ou Hong Kong. Nous avons remarqué que le flux de passagers sur Alger‑Pékin est généré par les travailleurs chinois. Le maintien de cette ligne dépendra des résultats obtenus.

    Qu’en est-il des projets de lignes sur New York et Téhéran ?

    Pour la ligne Alger-Téhéran, il y a un danger de prosélytisme religieux avec ce pays. Certes, il y a une demande de la part des Algériens pour visiter l’Iran qui est un grand pays touristique. Mais je ne veux pas que nos avions servent de supports au prosélytisme religieux. Pour Alger‑New York, son lancement dépend de l’évolution de la loi postale algérienne qui donne actuellement le monopole du transport des courriers de moins de 500 grammes à la Poste. Trois compagnies américaines, DHL, UPS et Fedex demandent la libération de ce marché en échange d’une autorisation pour la ligne Alger‑New York. Ces compagnies discutent aussi avec l’ARPT sur les taxes énormes auxquelles elles sont soumises.

    Pourquoi ne pas le faire dans le cadre de l’Open Sky ?

    Pour le moment l’Algérie ne veut pas de l’Open Sky pour plusieurs raisons. Nous n’avons pas de touristes pour le moment, donc l’Open Sky n’est pas intéressant. Entrer dans cet accord signifie que les compagnies étrangères adhérentes peuvent venir prendre des voyageurs en Algérie en toute liberté et les transporter sur d’autres destinations. L’Open Sky viendra au moment voulu.

    La Tunisie et l’Égypte ont connu des troubles politiques. Ce sont les deux destinations préférées des touristes algériens. La demande sur ces deux pays a‑t‑elle baissé ?

    Il n’y a pas de problème. Il y a une forte demande sur la Tunisie et le Maroc, malgré l’attentat de Marrakech. Avec l’Égypte, les gens ne semblent pas avoir oublié les problèmes liés au football. Au Maroc et en Tunisie, les Algériens ne se sentent pas étrangers.

    L’Algérie et le Maroc discutent de la réouverture de la frontière terrestre fermée depuis 1994. Qu’en pensez‑vous ?

    Pour la réouverture de la frontière terrestre avec le Maroc, je pense qu’il faut régler tout le contentieux algéro‑marocain qui passe par la résolution de tous les problèmes crées aux Algériens au Maroc et aux Marocains en Algérie. Mon père a été spolié par les Marocains de 5500 hectares de terres, sans aucune indemnisation. Il serait anormal de rouvrir la frontière sans régler le contentieux. On demande le respect du Traité d’Ifrane, indemniser les gens de part et d’autre, après la réouverture des frontières est un détail.

    Air Algérie est concurrencée par trois compagnies aériennes sur la France et sur la destination Algérie. Quelle est votre part de marché ?

    On n’a pas peur de la concurrence. Le trafic passager est généré à partir de l’Algérie. Les gens préfèrent Air Algérie parce que c’est un pavillon national. Il y a une préférence nationale dans l’aérien. On aura davantage de clients si on améliore la qualité de service notamment la ponctualité. Aigle Azur, Air France et Air Méditerranée ne font pas peur tant que la concurrence est loyale. Parfois, il y a de la concurrence déloyale qui est inacceptable. Nous sommes décidés à nous améliorer.

    Nous voulons augmenter notre part de marché avec la France à 60 % au lieu de 50 % actuellement, dans le cadre de l’accord aérien entre les deux pays. On va ouvrir des destinations qui ne sont pas desservies par les autres compagnies. Le marché algérien est très juteux pour les compagnies étrangères, mais on est décidé à renverser la vapeur, avec des tarifs attractifs.

    Le marché domestique de l’aérien reste fermé au privé…

    Il n’est pas fermé au privé. Il y a des compagnies privées qui travaillent avec les pétroliers, mais elles ne font que des destinations précises.

    Que se passe‑t‑il entre les mécaniciens et les policiers de la PAF à l’aéroport d’Alger ?

    Il n’y pas de relations tendues avec la police. Peut-être y a‑t‑il une confusion dans la fouille au corps des mécaniciens par des policiers. Les mécaniciens sont fouillés chaque fois qu’ils rentrent ou descendent d’un avion. Cela les stresse, les énerve. Il y a un précédent avec le mécanicien qui a fait monter de l’argent, mais ce n’est pas une raison pour instaurer ce système de surveillance. Il y a eu déjà un problème similaire avec le personnel naviguant qui a été réglé. On discute avec le DGSN qui a promis de résoudre le problème de la fouille au corps des mécaniciens. L’aéroport d’Alger doit être revu dans l’approche sécuritaire.

    Il y a une montée en puissance des revendications salariales dans tous les secteurs d’activités en Algérie. Votre compagnie est également touchée…
    Il y a parfois des débrayages. Il y a des batailles intersyndicales qui prennent en otage la compagnie, mais nos travailleurs sont unis autour de la compagnie pour aller de l’avant. Depuis mon arrivée en 2008, il y a eu entre 3 et 4 augmentations de salaire. C’est vrai, il y a des métiers très stressants à Air Algérie. Les gens qui y travaillent comme les commandants de bord, les mécaniciens méritent une attention particulière. Ces métiers demandent beaucoup de concentration. Nous avons ouvert des discussions et je suis favorable à augmenter leurs salaires dans le temps, avec la négociation
    .

    Les billets pour le Sud du pays restent trop chers….

    Air Algérie attache une grande attention au sud du pays. Il est inconcevable qu’un billet Alger‑Tamanrasset coûte entre 30‑000 et 40‑000 dinars. Nous sommes décidés à le revoir. Nous allons faire des prix promotionnels pour les gens du Sud.

    Le Credoc a été instauré en 2009. Sa suppression est évoquée ces derniers jours pour l’acquisition de matières premières. Ce mode de paiement des importations a‑t‑il causé des problèmes à votre compagnie ?

    Le Credoc ne me dérange pas, je n’ai jamais été contre. Il a été appliqué à Air Algérie sans prendre en compte ses spécificités d’une compagnie aérienne. Nous avons pris beaucoup de temps pour convaincre le gouvernement de nos spécificités. Le certificat de conformité a perdu de sa valeur. Je vous donne un exemple qui va résumer la situation : Boeing nous a clairement expliqué qu’il refuse de payer 700 dollars pour obtenir un certificat de qualité (ndlr : exigé par le credoc) pour une pièce de rechange qui coûte deux dollars et qu’il est le seul à fabriquer.

    Que pensez-vous de la dépénalisation de l’acte de gestion ?

    Quel est l’acte normal de gestion qui doit être dépénalisé ? Quel est l’acte de gestion qui doit être pénalisé ? Oui pour la dépénalisation, mais je ne signe pas un blanc‑seing pour les autres. Pour dépénaliser l’acte de gestion, il faut un droit des affaires très puissant. On ne peut pas faire un saut d’une extrémité à une autre, sans filets.

    Des informations ont circulé sur l’interdiction de survol de pays européens par vos avions…

    Je suis contre l’emprisonnement des journalistes, mais la diffamation doit être sanctionnée sévèrement. Air Algérie a été diffamée. Les informations infondées faisant état du blocage de nos avions et l’interdiction de survols de l’Europe nous ont causé d’importantes pertes. On a eu des inspections européennes à cause des articles de la presse algérienne. Aucun avion n’a été bloqué et nous n’avons aucun problème avec l’Union européenne.

    Cela nous a coûté une année de perturbations et des millions de dollars. Les gens commençaient à avoir peur, ne nous faisaient pas confiance alors que les informations étaient fausses et infondées. Mais les inspections européennes ont augmenté de 300 % à cause de ces informations. Quand on se plaignait, ils nous sortaient le journal algérien. Je suis contre la prison, le journaliste cherche la prison ferme. Des journaux dont les patrons avec qui j’entretenais des relations très amicales se sont fait manipuler. Je ne veux pas qu’un journaliste aille en prison, c’est un cas extrême. Mais quand vous lui touchez la poche, il fera attention.

    Vous avez dénoncé la taxe carbone imposée par l’Union européenne aux compagnies aériennes…

    Sur instruction de l’Union européenne, nous allons commencer à payer la taxe carbone à partir de 2012. On est rattaché à la France dans ce système. C’est‑à‑dire que pour le vol Tamanrasset‑Paris, nous paierons sur tout le trajet. Ce qui est anormal. On ne se bat pas contre cette taxe. On demande l’équité. D’abord pourquoi payer sur tout le trajet ? Ensuite, on veut connaître la destination de l’argent de cette taxe. On va demander la réciprocité. On peut discuter avec les compagnies africaines et asiatiques pour faire de l’aéroport d’Alger un hub pour des escales vers l’Europe. Surtout que cet aéroport dispose de capacités pour devenir un hub international, avec l’extension de son aérogare.

      La date/heure actuelle est Lun 05 Déc 2016, 15:28